TRADITIONS

              

                                  Qu'est-ce pour vous une tradition?  La tradition un usage ou une habitude, pratiqués au sein d'un groupe et qui devient une pratique prolongée dans le temps.  Pour moi, les traditions, devraient être  pour nous  l’air que nous respirons. Sinon, dites adieu à vos repères. Vous devenez comme ce papillon qui, perdu la nuit, se fait brûler les ailes par la flamme d'une bougie. Et Dieu sait combien sont nombreuses les bougies par les temps qui courent. Les traditions  vous guident tout droit sur les traces de vos ancêtres.                               

                                  Si vous perdez vos repères? Vous verrez les hommes habillés en kilt écossais, les femmes en pagne tahitien et si vous avez  de la chance en kimono japonais. Vous verrez vos enfants avec une kippa sur la tête. Vous verrez  les hommes au foyer en foulard donnant le biberon et les femmes dans vos souks. Les vieux, s'ils auront de la chance,  finiront dans les dortoirs communaux.                              

                                 Qu’Allah nous protège et guide nos pas.                              

                                 Comme disait Shakespeare : ”to be or not to be”. Etre  ou ne pas être. "Koun aou la Takoun". S'il vous plait, préférons "Etre".

                                  Les traditions, ce sont des pratiques et des manières ancestrales transmises à travers les siècles de génération en génération et auxquelles la collectivité se conforme. Nous entendons par collectivité tout un pays, une nation, une région ou même une tribu. Il n’y a pas de traditions passagères, sinon elles ne seraient qu’une coutume ou habitude. 

       

                                  Essayons un peu de nous rappeler une à  une et par étape, toutes les péripéties de votre vie qui sont obligatoirement ponctuées par nos traditions et ensuite celles que l’on vit au gré des évènements. Bien sûr, avec votre aide. Prêt?  Partons!

                                  Avant votre naissance, c’est d’abord votre mère avec des voisines et des proches qui préparent le nécessaire. Pendant ce temps, le père, son père et le père de son père, enfin presque tous les hommes de la tribu prient pour que ce soit un garçon.

                                  Encourageant le futur père pour qu’il puisse se tenir sur les jambes en cas de « mossiba » (malheur), les hommes   lui font rappeler qu’il ne peut échapper au destin et de s'en remettre à Dieu. Il doit  laisser faire le destin. Mektoub, disons-nous. Chacun lui confie son rêve. L’un a rêvé d’un cheval blanc avec un cavalier tout  enburnoussé et  brandissant un immense sabre, l’autre c’est Moula Abdelkader El Djilali qui l’a rencontré en personne déguisé en marchand de sel  (El mellah, marchand de sel ambulant; ce genre de commerce n’existe plus)  et qui lui a appris qu’il naîtra un garçon chez Si Flène, etc…   

                                  Revenons à votre mère qui est entourée de parentes, sincères voisines accourues à l’aide et curieuses venues simplement pour radoter et avoir quelque chose à raconter. L’épouse du frère du nouveau père, qui n’a que des filles, prie et le cache mal  pour que sa belle sœur accouche d’une « mossiba.» Nous avons honte d’écrire ce que pense celle qui n’a pas d’enfants du tout. Allah yehfadna.

                                  Les femmes font un tel remue-ménage que les enfants n’arrivent que difficilement à suivre l’évènement et ne savent où donner de la tête. Tout s’ embrouille dans leurs petites têtes. Tout se confond: l’interdit, l’obligatoire et le permis.  Aucun d’eux ne prend d’initiative.

                                  Tout d’abord, on accroche à une poutre du gourbi ou de la pièce corde bien solide. La future mère, avec ses atroces douleurs,  assise sur une gassaâ, tire sur la corde  afin de concentrer toutes ses forces sur son ventre afin d'éjecter le nouveau-né  sur un tas de terre placé près de la gassaâ. La sage-femme, trempant ses mains dans de l'eau chaude essaie de masser le ventre de la future mère et ses alentours, afin d'atténuer les douleurs.

                                  Voilà, vous sortez, vous criez, vous respirez et c'est avec quelque chose qu'on appelle couteau qu'on vous coupe le cordon ombilical. A notre connaissance, il n'a jamais été   utilisé de couteau neuf ou stérilisé. Aucun médicament n'est utilisé. Seul le k'hôl est autorisé. L'antimoine, cette matière noire servira aussi bien à souligner les yeux de la mère qu'à soigner votre nombril. Le cumin pour les premières tétées est de rigueur. Et les vaccins! Ah oui, les vaccins. Aucun. Merci. De rien. Je vous en prie. La nature fait l'affaire. 

                                  En général, on n'invite personne pour célébrer une naissance. Les femmes affluent de partout. Si la naissance a lieu au village, on vient de tous les douars. Les repas sont à menu unique: berkoukess (gros couscous) au poulet, très épicé au rass el hanout. Les femmes ne viennent jamais les mains vides. Elles ramènent au minimum quelques oeufs. Certaines glissent quelques pièces ou quelques billets sous le bébé.

                                   Les hommes sont invités pour le baptême, avant le septième jour qui suit la naissance. Selon les moyens, on sacrifie un ou plusieurs moutons. Si l'on est pas aisé, seulement quelques poulets. En règle générale, le premier garçon est prénommé Mohamed. La fille est prénommée  Fatima, Yamina, Fatiha,  Aïcha,  Aouda,   Rekia  ou Kheïra.   Aujourdh'hui, c'est Linda, Sonia, Catia. Ah! Ces jolis prénoms qui disparaissent. Rappelez-vous Kouider, Kaddour, Layachi et  Djelloul. Et aussi Taïfour, Lazreg, Harrath, Bekhadda, Benchaâ, Yahia. Enfin, vous avez compris, ceux de notre région. 

                                     Et voilà que notre enfant continue son petit bonhomme de chemin. Le sevrage se fait tôt. Dès l'âge de deux ans. L'allaitement est plus que souvent maternel. Nous ne savions même pas que le lait se vendait. Et encore moins en poudre. On racontait seulement  que quelqu'un l'a vu de ses propres yeux. Mais personne ne le croyait. Si la mère n'a plus de lait, il y a toujours une voisine qui allaitera le petit. Ainsi, nous aurons des enfants frères de lait.  Le mariage est strictement interdit entre eux, comme s'ils étaient  des frères utérins.

                                     L'enfant est collé aux jupes de sa mère. Excusez l'expression. Chez nous, on ne connaît pas la jupe. On dit "jippa". La porter serait une atteinte à l'honneur de  toute la tribu. Une honte. Nous avons nos propres traditions. Inutile d'imiter.  Certains ont divorcé pour moins que ça.

                                    Enfin, il faut en faire un homme ou une femme de ce petit ange.  

                                     Dès quatre ans, la petite fille se prépare à se faire percer les oreilles. On ne perce que le lobe. La sage-femme se charge de l'opération moyennant quelques pièces de monnaie.  Si elle n'est pas libre, une autre vieille femme s'en         chargera.                                       

                                      D'abord, amadouer l'enfant. Lui donner en exemple Fatima, la fille de la voisine, qui est sa cadette et  qui porte ses premières boucles d'oreilles depuis une année. Et encore, elle n'a pas pleuré. Du tout.  

                                      La vieille  dame enduit le lobe de l'oreille droite de "gatrane" ( goudron de bois de genévrier ). Dans une grosse aiguille, elle fait passer un bout de fil. Ne vous en faites pas, l'aiguille a déjà été chauffée pour éviter toute infection. Et hop! L'oreille droite est déjà percée. Avec les larmes de la petite, l'opération devient plus difficile pour la gauche.  La petite se débat. On la retient. Elle crie de plus en plus en fort. On la raisonne, tout en la retournant sur l'autre côté. Et hop! La seconde oreille est percée. Thé ou café?  Les plaisanteries commencent.  On parle de tout et de rien. Mais où est la la petite? Elle joue dpuis un bon moment avec ses copines et jure par tous les saints qu'elle n'a pas pleuré. Hak Sidi Harrat, je n'ai pas pleuré. Hak Sidi Mohabekhadda, je n'ai pas eu mal. Hak Sidi Yahia, je n'ai rien senti. La petite menteuse. Les premières boucles d'oreilles, c'est après les récoltes ou la vente de la chèvre. Pour l'instant, c'est du fil à coudre de couleur qui orne les oreilles 

                                       Ah le môme! Il raconte  déjà à ses copains que sa circoncision est pour bientôt. Fausse fierté. Une peur déguisée. Il a  quatre, cinq ou même six ans. Suivant sa situation financière, le père est  préparé  à  la grande fête. 

                                        Nous sommes en été. C'est aujourd'hui jour de souk. Les enfants ont droit au souk. Les enfants sont en vacances. L'instituteur ne nous fera pas la remarque. Lundi, c'est Zemmora. Samedi, Mendès. Dès midi, la place du  marché est vide. Le Tahhar (circonciseur) est au travail chez quelqu'un. Pourquoi n'est-il pas là avant midi? C'est simple. Il fait aussi office d'arracheur de dents. C'est là que j'ai compris d'où venait l'expression " mentir comme un arracheur de dents". Il vous malmène à mort, puis vous tend la dent malade au bout de  la pince. Votre tête tourne. Avec le vertige, vous êtes comme un somnambule. Vous aussi, vous mentirez et direz que vous n'avez pas eu mal.  Comme un enfant, vous avez peur que l'on rit de vous.

                                       Je m'excuse l'heure, c'est l'heure. Midi est passé. Le circonciseur est chez vous. Il fait tout pour paraître l'adulte le plus gentil du monde. Son visage est tout sourire.  L'enfant est dans sa "âabaïa" blanche. Il n'est pas seul. Tous les enfants du voisinage en âge d'être circonscrits sont là. Dans leurs petites âabaïas, ils se sentent des hommes. Il ne portent rien en dessous. Il fait chaud. Toutes les fenêtres, s'il y en a,  sont  ouvertes. Le gourbi en porte rarement. Même les portes sont  rares. Plus on est pauvre et plus on est généreux. Vous dites à vos invités que les portes sont grandes ouvertes. Les gens du gourbi n'ont pas de porte. C'est ouvert  pour tout le monde. On vous accueille à bras ouverts avec le peu qu'on a. Mais aujourd'hui, il est là. Le repas sera amélioré. Couscous au poulet. . C'est le jour fatidique, on domine la crainte du "Tahhar".  Ou l'on est homme ou l'on n'est pas. La maison  de Si Benaouda grouille. Aucune femme n'apparaît. Tradition oblige. Mais on sent la  joie de vivre et de servir de ces femmes qui incarnent le respect. On entend leurs rires et les ordres de la maîtresse de maison qui fusent.  Un couscous mal roulé ou mal beurré et c' est la catastrophe. Le circonciseur est un étranger à la maison. Il faut donner le meilleur de soi-même. 

 

                                 Chut! L'arracheur de dents vient de s'essuyer les mains. Il se prépare pour la prière du Dohr. Exceptionnellement, le maître de maison n'ira pas à la mosquée. Il priera chez lui. Il est trop occupé. Il heureux. Il vient d'accomplir, comme à son habitude, un noble geste. Il est le meilleur. Tous les enfants du voisinage accompagnent son fils dans cette épreuve. Il l'a toujours fait. Ce n'est pas aujourd'hui qu'il va abandonner cette coutume. Peut-être la tient-il, lui aussi, de son père. On trouve chez lui la veuve et l'orphelin, le pauvre et le moins pauvre. Lui même n'est pas riche, mais dit-il, il y a plus démuni que moi et le devoir de voisinage. Il croit dur comme fer en la Baraka. Ya Si Benaouda ! Je sais que vous m'entendez. Vous êtes bon. Vous êtes le meilleur. Vous étiez  le père de tous les enfants de la Smala.  Maintenant, ces enfants sont des grands-pères. Nous essayons de vous imiter dans vos moindres gestes. Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous. 

                                  La prière terminée. La "gassâa" est prête. A l'envers, elle fait office de banc. "Bismillah". Au premier. Les coeurs battent la chamade. C'est la première fois dans sa  vie  que l'enfant se bat pour être le dernier. Il y a toujours un petit fou qui veut montrer à ses copains sa témérité. En tout cas, il y a quelqu'un qui tranche. C'est le Maître de  maison. Comment fait-il? Il commence par son fils. Il aime les enfants. les enfants l'adorent. Ses enfants le respectent et le craignent. Les autres  l'aiment, mais ne le craignent pas. << Je respecte trop les autres enfants, alors commençons par le mien.>>  On vous assoie sur ce gros et  grand plat de bois.   Vous êtes homme en quelques secondes. Jamais un oiseau n'a volé dans cette pièce. Et pourtant chaque année, on essaie de vous les faire voir voler. Tout les petits garçons savaient ce qu'allait dire ou faire le "Tahhar".  Il savaient qu'il mentait à propos du petit oiseau. Mais pourquoi levaient-ils la tête? C'est dire toute la magie de chez nous. Le premier candidat est excisé. Il sort heureux. Le danger est passé.  La première phrase qu'il prononce est:<< Je n'ai pas eu peur>> Il le dit sans que personne ne le lui demande. Les autres suivent. Même stratagème. Gare à celui qui a peur ou qui pleure. Croyez- le ou pas, on le lui fera rappeler toute sa vie. Enfant, il se fâchera. Adulte, il en rira.  Le soir, après la prière du "maghreb, la discussion se fait autour de cet évènement qui a marqué la journée. Chacun aborde à sa façon le sujet. Mais tous, y compris Si Ahmed, sont contre ces méthodes modernes de circoncision. Entendez par là, celle des  médecins. Si Benaouda va même jusqu'à dénigrer le Tahhar d'aujourd'hui qui a utilisé du mercurochrome. Si Abdelkader Cycliste et  Si Ahmed quittent Si Benaouda aux "Quatre coins". Ce croisement de deux rues quinous servait d'aire de jeu. Il continue le trajet avec Si Abdelkader Abbassi. Quelques pas seulement et le Maître de maison se retrouve seul. Il a encore du travail. Sa patience  n'a pas de limites. Il va s'enquérir auprès de chaque enfant. Chacun le remercie à sa façon.

                                 Les petits sont heureux. L'argent s'accumule. La petite poche grossit à vue d'oeil. On marche les jambes écartées, le pan de la âabaïa tendu,  éloigné d'une main devant soi. Il ne faut pas qu'elle touche less jambes. On est surveillé de près. Pas le moindre faux geste. La mère veille à cela.  Quelle honte de lui montrer l'état où l'on est. On se prend pour un homme. On se la coule douce. On est chouchouté. Mais, on ne tient plus en place.  Le troisième jour c'est  la rencontre. On commente le jour fatidique. On se rappelle les visages livides.  On rit du  petit oiseau. Chacun découvre que c'était la même astuce pour tous.  Plus de mercurochrome. D'ailleurs, où le trouver?  Ils ne l'ont vu qu'avant-hier chez le Tahhar. Etrange médicament. Ils connaissent mieux que celà. La bande commence à évaluer l'état de guérison de chacun, puis comme on a entendu dire les grands, le meilleur remède c'est une poignée de terre. La nouvelle salle de soins vient d'être inaugurée. Eloignés des regards, on s'atèle à appliquer ce  remède magique. Gratuite et disponible à profusion, elle assurera à votre guérison en un temps record et à moindre frais. Une semaine suffit pour que votre enfant gambade à nouveau en pantalon ou en short. Gare aux chutes!  La bourse s'amaigrit. Les adultes ne donnent plus.

                                  Mais que  fait un enfant entre quatre et six ans. Vous avez été excisé à l'âge de cinq ou six ans. C'est une dizaine de jours d'absence de l'école coranique. Les copains auraient progressé.                                   

                Comment combler ce retard?  Vou y êtes depuis l'âge quatre ans. Comment étudie-t-on au Djamaâ? Comment fait-on l'école buisonnière? Que donne-t-on tous les mercredi? Qu'est-ce qu'une Khetma?  Qu'est-ce que le sansal? Qu'est-ce qu'une Louha?  

                  Quelques petits efforts et nous vous ferons découvrir les secrets du souk, entre meddah et berrah, la khotba et le mariage, enfin tout sur vous et vos traditions séculaires perdues à jamais.

Halwa  du souk. Des confiseries ancestrales.

 

Date de dernière mise à jour : mercredi, 05 Juin 2013

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