HISTOIRE MODERNE

               Les Ababsa. Des Hararta  parmi tant d'autres qui peuplaient la Smala. 

02 octobre 2008.

Pour ma mère, c’est toujours  Hadj Abdelkader  comme l’appelaient ses contemporains. Les Hararta l’aiment bien.  Enfin tout Flita et les Hararta en particulier. Et il y a de quoi.

C’est en 1849 que l’Emir Abdelkader écrivit son autobiographie.  Et j’eus l’honneur en 1970 de tenir entre mes mains les  photos des manuscrits qui seront publiés plus tard dans les années 1980. Ils ont été mis sur le marché à Paris  par  Dialogues Editions sous le titre  "Autobiographie, écrite en prison en 1849".     

           L’émir Abdelkader avait horreur de l’inaction. Aux Français, il était signalé partout. Il était une sorte de personnage doté d’ubiquité.  On le signalait à Tagdemt, alors qu’il était ailleurs. On le signalait à Mascara alors qu’il combattait au Titteri ou au Sahara. 

          Et c’est ainsi qu’il s’était rendu chez les Hararta. Les Hararta, installés entre les Mehal à l’ouest, Ouled Rafaâ à l’est, Oued el Djemaâ au nord et  Fortassa au sud. Les Hararta donnaient bien du fil à retordre aux Français. De tous les Flita, l’Emir portait une grande estime aux Hararta. Les Filta étaient parmi les troupes les plus fidèles à l’Emir. La fédération des Flita englobait dix-neuf tribus dont les Hararta, les Anatra, les Amamra, les Béni Dergoun, les Touafir, Ouled Sidi Lazreg…, Sur un manuscrit datant de 1849, intitulé « Autobiographie, écrite en prison en 1849 », l’émir a noté qu’il formait des armées à partir de Flita pour  mener de rudes batailles à Sétif. Le minimum qu’il aurait pu noter, car le document était destiné à des prêtres qui voulaient se documenter sur l’homme lui-même, sur l’Islam et  sur l’Algérie. Ils étaient constamment à sa disposition.

           Pour rappel, les Flita n’ont jamais baissé les bras devant les envahisseurs turcs jusqu’à la venue du respectable Sidi Mohamed El Kébir*. Un homme au grand cœur, pieux, droit, honnête et juste doublé d’un bon général meneur d’hommes. Et l’Emir était à son image.

          Contrairement à d’autres, les Flita, reconnurent l’autorité de l’Emir et lui jurèrent allégeance. Et c’est ainsi qu’il désigna leur tête son cousin Si Mostéfa.

          Le soufi, l’écrivain, le pieux Adelkader était aussi un bon combattant. Jugez vous-même. C’est un épisode parmi tant d’autres qu’il raconta à Charles Henry Churchill. Attaque de cavaliers français en 1833, dans les environs d’Oran : « Un chasseur chargea sur lui [l’émir], lance pointée. L’arme lui passa sous l’aisselle gauche. Il la tint serrée comme dans un étau entre son bras et sa poitrine, et trancha d’un coup de sabre la tête du Français. » Quoique l’on dise, comment ne pas aimer être sous les ordres d’un tel homme qui vous montre un tel tour de force et une bonne leçon de courage.

          Il était fort, sage, clément et juste. Sidi Ahmed Ibn Taher, le Cadi d’Arzew et maître de l’Emir Abdelkader, sachez en passant que l’Emir a étudié pendant deux ans à Arzew, ravitailla en fourrage et en bétails les Français au mépris des ordres de l’Emir. Chose plus grave encore, il les pourvut en chevaux, ce qui était considéré comme un crime impardonnable. Le cadi ne pouvant renoncer au profit récidivait, malgré les missives de l’Emir. Il était conscient de la gravité de son acte. Et voilà qu’un jour, Abdelkader investit la ville et emmena le juge enchaîné vers Mascara. Des instructions furent données à ce que rien ne lui arriva. Mais un jour de retour, de chez les Béni Ameur, on lui apprit que le Cadi a été exécuté après avoir été jugé par Mahieddine. L’Emir voulait lui faire payer une amende et le sauver d’une mort certaine. Et le même scénario se reproduisit plus à l’ouest aux environs de Sidi Khattab.

          A deux kilomètres au nord de Sidi Harrat, le douar des Chaâibia voisine avec les Kfaïf. Ni la généalogie ni l’histoire ni l’anthropologie n’expliquent la dénomination « Chaâïbia ». En fait, elle a été héritée selon un matriarcat, chose rare chez nous, d’une jeune mariée originaire des Chaâïbia, un douar des environs de Sidi Khattab, une localité à une vingtaine de kilomètres au nord de Zemmora.

          Tout comme Sidi Ahmed Ibn Taher, le Cadi d’Arzew, un spéculateur originaire des Chaâïbia de Sidi Khattab, qui avait vendu des chevaux à l’ennemi français fut présenté enchaîné à l’Emir. L’Emir et sa Smala sont chez les Hararta. Le marchand, veinard qu’il était, n’avait pas meilleur avocats que nos aïeux, compagnons de toujours du brave Emir. Les nôtres firent appel à la clémence d’Abdelkader et c’est ainsi que  le téméraire rejoignit les siens. L’histoire ne dit pas s’il a fait amende honorable. En tous les cas, les siens reconnaissants, poussèrent l’amitié avec les Hararta jusqu’au point de rétablissement de relations matrimoniales. Et c’est ainsi que les Chaâïbia s’appellent ainsi en l’honneur de cette relation nuptiale particulière.

          En reconnaissance de services rendus à la nation, l’Emir Abdelkader signa un document aux Hararta et affirma verbalement à l’assistance harratie qu’il aurait été honoré que sa fille, s’il en avait une, épouserait un harrati. C’est que firent les Chaâïbia en l’honneur de l’Emir.

          Eh oui, l’Emir Abdelkader estimait bien les Hararta et s’en est allé jusqu’à commuer une mort certaine en grâce.  

          Chez les Hararta, la Smala de l’Emir Abdelkader se déployait tout autour d’oued Zemmora. Elle allait du quartier de la Smala actuelle*** jusqu’à Derkaoua, la fontaine Belaouidet (face au pressoir à olives de Hadj Miloud Lacheheb) et surement au-delà. Il est difficile de délimiter les limites d’une capitale mobile. Une capitale de soixante mille habitants. Une capitale qui a ses écoles, ses différents ateliers, ses forges, ses armureries, ses bibliothèques. On y frappait la monnaie. Elle avait une administration moderne. Et à propos, on cite comme exemple d’administration moderne, l’administration des braves Flita.  

          Des Hararta et de Zemmora, les guetteurs de l’armée de l’Emir dominaient la plaine des Mehal (actuelle plaine de Relizane) jusqu’à l’Hillil, Belhacel et les monts avoisinants.

La suite prochainement : La récupération du trésor de l’Emir et la mort du Général Mustapha Ben Ismaïl.

 


 

  *Voir sur Histoire

**Le document de reconnaissance de l’Emir aux Hararta existe bel et bien chez les  Chaâïbia dans les environs de Sidi Khattab. Beaucoup l’ont vu et manipulé. Tant d’amis m’ont promis son acquisition, mais personne n’a tenu parole. Il faut bien revaloriser les choses. Ce document est capital pour notre histoire.

***Smala : quartier arabe de Zemmora

 

 

 

Date de dernière mise à jour : mercredi, 03 Avril 2013

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