Un Moudjahid s'en va.

 

Mostaganem, 28 mai 2016. Un grand Moudjahid s’en va.

Adda benyoucef mohamed en 2008


Adda Benyoucef Mohamed. La discrétion même. Un amoureux de l’Algérie et de la vie en silence. Né à Oran en 1929, tout jeune il déménagea avec ses parents vers Zemmora, département de Mostaganem, où il poursuivit ses études.

Son enfance et sa jeunesse, marquée par l’oppression, l’asservissement et l’injustice, fit de lui un nationaliste et un patriote qui, âgé d’une quinzaine d’années à peine, encore imberbe, dirigeait plus anciens et plus âgés que lui dans le militantisme qui reprenait son souffle après la seconde guerre mondiale.

L’Algérie au cœur, sillonnée, ces temps-là par Ferhat Abbas, Messali Hadj et consorts trouvait en ses jeunes « indigènes musulmans » la pâte à façonner pour faire souffler un vent de liberté.

A Zemmora, où passaient souvent les pères du militantisme algérien pour assister les locaux tels Ali Boumendjel, Mohamed Larbi Demaghelatrous, cadi de la ville à l’époque devenu plus tard ambassadeur en Indonésie, Ladjadj Lazreg, Benadda Abdelkader et d’autres encore, l’heure était à l’éveil des masses.

Adda Benyoucef Mohamed,  jusqu’à son dernier souffle, refusait d’étaler ses exploits. En de rares moments, il exaltait quelques faits d’armes dignes des plus grandes entreprises en matière de renseignement.

L’Armée de Libération Nationale élisait domicile à deux pas de chez lui en général et  chez lui quand les moments étaient plus difficiles. Chez lui, un  grand danger était encouru et sans aucun soupçon. En matière de renseignement, on ne grille pas ses sources. Perdre Adda Benyoucef, c’est perdre la vue et l’ouie.

L’encyclopédie, telle qu’on l’appelait chez lui, n’avait de cesse de  convaincre les musulmans à épouser la cause nationale. Ne se fiant qu’à ses aînés, il ne s’ouvrait qu’aux exégètes, ces tolbas,  la plus part partisans d’Ibn Badis tels Belatrech Hadj Brahim, son gendre, un érudit formé à l’université Karaouine de Fès,  dont des proches ont quitté les Hararta, leur tribu une composante des Flita, vers Ghazaouet et Aïn Tédelès pour cause de Djihad au dix-neuvième siècle contre l’envahisseur français, Cheikh Belhor Mohamed, un fervent adepte de la zaouia alaouia de Mostaganem, et les Chouhada Bousserouel Mohamed, Benadda Abdelkader, Benaouda Morsli...

Abandonnant, sa brillante carrière d’électricien en bâtiment, un métier qui le passionnait et dont il fit sa préférence par rapport à toute autre activité mais  dont les études poussées ne servirent point, il accepta la fonction de chauffeur de l’administrateur de la commune mixte de Zemmora. Le sommet était atteint. Le sommet de l’efficacité pour la cause juste, l’Algérie libre. Boire à la source au lieu de courir vers les bribes et coller les puzzles pour avoir une  information fiable. L’œil et l’oreille aux aguets, il fit échouer maints rapts et assassinats de militants de la cause nationale et d’innocents citoyens qui ont osé défier quelque colon.

Féru de judo, crossman accompli, de ses deux mètres, il dominait de sa taille souks et stades. Le galant homme fut arrêté au moment où la bataille d’Alger faisait rage et où Zemmora connut l’extermination pur et simple de ses meilleurs  enfants sous les balles coloniales assassines. Les exécutions extrajudiciaires étaient la règle.

Le verbe facile et éloquent, le Moudjahid sut convaincre ses tortionnaires de sa pseudo-innocence, qui l’épargnèrent en même temps que sa poignée de compagnons et de là il rejoignit Mostaganem, son chef-lieu de département de l’époque pour y élire domicile. Et puis, c’est l’indépendance tant attendue.

Mohamed essaima ses enfants au gré de ses postes qu’il occupa à travers l’Algérie. Trois filles dont une en premières noces  et 6 garçons. Ses secondes noces furent avec la Moudjahida Lalla Louisa qui partagea avec lui ses plus dures années de militantisme, de peur et d’angoisse,  et puis de labeur pour une Algérie meilleure.

De directeur de l’office national du matériel agricole – Onama- à Tiaret, il se retrouva à a tête de la fabrication de ce même matériel à Sidi Belabbès où il signa le second chef-d’œuvre de l’Algérie indépendante, la moissonneuse batteuse, sœur cadette du tracteur Cirta. Les deux fiertés d’un pays libéré  par le feu et par le sang.

Comme tout a une fin, le discret Moudjahid, tout comme ses pairs qui agissaient dans l’arrondissement de Relizane, à l’époque département de Mostaganem, sous la férule de l’élève d’Ibn Badis, feu le Chahid Aït Hamouda Amirouche, il se retira dans la bienséance et en toute modestie comme le firent ses aînés Bentobal, Dahleb, Boussouf, Ouamrane et tant d’autres.

« Je ne cherche ni éloges ni médailles ni remerciements. Je n’ai fait que mon devoir. » Des paroles sensibles, modestes et  pleines de vertu. Et il ne cessait pas de les répéter pour nous incruster un art un mode de vie que seuls en savourent les fortes  personnalités qui n’ont pour tout capital que leur dignité.   

Ses seuls amis dans sa vie d'ermite étaient ses enfants dont le plus proche était Abdelkader avec lequel fusaient anecdotes et historiettes d'un autre âge. L'âge de l'Algérie profonde et solidaire.

Adda, comme on l’appelait, dans son jeune âge, consacra la fin de sa vie à soigner ses orangers et surtout… à appeler les Mostaganémois à la prière à la mosquée Nour du centre-ville. Allahou Akbar…

Personne ne savait à qui était cette douce voix qui, six fois par jour, des années durant, invitait les fidèles, passants et commerçants, à venir se prosterner, entre les mains de leur Créateur. Le Créateur qui le  reconduisit vers son paradis ce jour, 29 mai 2016 pour rejoindre ses compagnons d’armes, des tolba et des proches de renom et amis de ses ancêtres dont feux Bouamama, Chérif Boumaza et l'Emir Abdelkader.

 

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